Chronique de la rupture #62 ? 31 janvier 2010

 

Dans une indifférence quasi générale, la tournée des v?ux présidentiels se poursuit : Drapeaux, pupitre, discours convenu, public docile, l'exercice est totalement industrialisé, à la différence du pays qui lui, l'est de moins en moins.


Puis revient le temps des copains avec l'annonce du double salaire de Proglio, qui préside à la fois EDF et Veolia. Mais de quoi se plaint-on ? Travailler plus pour gagner plus : enfin une promesse tenue !


« Sans aucune pression » (autre que celle d' l'opposition, des media et de la population sondée et re-sondée), Henri Proglio renonce « spontanément » à sa double rémunération. Mais demeurent le conflit d'intérêt inhérent au cumul des fonctions, nanti d'une retraite chapeau de plusieurs millions d'euros chez Veolia, ceci expliquant sans doute cela. Le gouvernement réalise alors que les élections approchent et opèrent un lâchage en règle. Madame Lagarde, et son ministre-du-budget-trésorier-de-l-ump, déclaraient encore la semaine précédente que tout cela était normal compte tenu de la valeur et des compétences de l'individu, dans un contexte international où on risque de nous le piquer et bla bla bla. Volte face le 25 janvier puisque tout d'un coup, ce cumul n'est plus que temporaire aux dires des mêmes ministres. Affligeants pantins.


Cette dernière semaine de janvier, qui culmine le 28 avec l'anniversaire présidentiel, dont on ne comprend pas encore pourquoi à ce titre elle ne figure pas dans les manuels d'histoire, sera tout sauf une partie de plaisir pour son supposé héros.


Lundi 25, Sarkozy face à onze Français choisis par TF1. Affligeant, pitoyable, le Président se contente de répondre sur des cas personnel, comme dans une permanence d'élu local un samedi matin. Certes il a bûché ses dossiers, il est incollable sur le prix du litre de lait ou sur le salaire de l'infirmière, mais chacune de ses réponses sonne le faux, le désarroi et l'impuissance. Sa suggestion de faire des heures supplémentaires pour que la caissière gagne plus tombe à plat, son ton velléitaire ne passe plus, même lui semble réaliser qu'il est déjà dans la deuxième partie de son mandat, que tout ce qu'il promettait s'inspirait d'un modèle qui a failli, et que partout, y compris sur TF1, on l'attend au tournant et que plus rien ne lui sera épargné.


Comme un malheur n'arrive jamais seul, la justice dans un sursaut d'indépendance relaxe Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream. Happy Birthday, Mister Président ! Il n'en faut pas plus à notre ex-chantre du CPE pour fixer son regard sur 2012 et déclarer dans un français châtié qu'il est là pour « servir son pays ».


Et pour finir cette semaine, sinistre pour les uns, prometteuse pour les autres, le lancement officiel de la campagne des régionales révèle un immense malaise au sein de l'UMP : 60% seulement de votes favorables lors du conseil national de ratification des listes. Un taux de déchirement digne du PS, qui reflète les inquiétudes et le mécontentement de bon nombre des dignitaires du (futur-ex ?) parti unique de la majorité.


Majorité : pour combien de temps encore ?

Vous êtes Français ? Prouvez-le !

Appel


A l'initiative de la Ligue des Droits de l’Homme et de Daniel Karlin, documentariste, un appel a été lancé, signé par de nombreuses personnalités et publié dans Libération le 18 janvier 2010 pour dénoncer les difficultés qu'ont certains citoyens à renouveler leurs papiers d'identité.


Vous pouvez signer directement en ligne cet appel sur le site de la Ligue des Droits de l’Homme.

Chronique de la rupture #61 ? 9 janvier 2010

 

Meilleurs voeux à tous !


En fin d'année dernière, nous évoquions au figuré le déchaînement tragicomique des bras-cassés de la majorité présidentielle. On ne saurait résister à la tentation de noter que le premier conseil des ministres de l'année nous en montre certains au sens propre même-si, convenons-en, ces deux là (Laurent Wauquiez et Frédéric Mitterrand), ne sont pas les pires. Souhaitons-leur un rapide rétablissement.

Toujours au chapitre « pas de chance », le changement de cap du gouvernement sur la politique de vaccination contre la grippe H1N1 : annulation de commandes, accès via le généraliste. On calme le jeu et on banalise. Relation de cause à effet avec la non-candidature de la ministre aux régionales, ou ajustement normal ?


Bien plus grave est l'état de notre république et de son régime hyperprésidentiel. Des séances de v?ux surréalistes, prétexte à je ne sais quel forum ou colloque de ceci ou de cela, monté de toutes pièces pour mettre en scène une fois de plus le Président et les pages d'Histoire qu'il croit écrire chaque semaine. Il se contente en  fait de ré-écrire son histoire à son avantage. Pour seul exemple cette thèse défendue sans cesse, selon la quelle la France se sortirait de la crise mieux que ses voisins : « Si nous avons évité le pire, c'est parce que nous avons décidé d'agir et non pas d'attendre? » déclare-t-il à Cholet le 6 janvier lors des « V?ux au forces économiques ».


Désolé M. le Président : si le pire a été évité, c'est parce que ce modèle social, que vous n'avez eu de cesse de vilipender et de détruire depuis trente ans, a tenu bon. Si le pire a été évité, c'est parce que vous n'avez pas eu le temps matériel d'implanter en France le modèle ultra libéral  néo con de Reagan, Thatcher et Bush dont vous vous revendiquiez tant durant la campagne présidentiel. Tel l'opportuniste de Dutronc, tel le Tartuffe moyen, vous avez retourné votre veste du bon côté et feignez d'être le sauveur.


Et puisque vous revenez sur « les décisions qui se sont avérées être les bonnes décisions malgré les polémiques? » et vous targuant d'avoir « évité le pire : une faillite de l'ensemble du système bancaire », pourquoi vous être contenté de prêts à ces banques, en vous satisfaisant tel un usurier de ce que cela rapporterait en intérêts, au lieu de redonner un chance à la collectivité en les nationalisant ou au moins en y imposant une participation significative de l'Etat ?


Pourquoi avoir cédé du Medef en détaxant les heures supplémentaires et en renforçant le bouclier fiscal ? Cela n’a rien relancé du tout .


Pourquoi avoir cédé au lobby de la Restauration  en réduisant le taux de TVA ? Cela n’a fait baisser aucun prix ou très peu, ou alors au détriment de ce que l’on trouve dans son assiette.


Prise de participation de l'état dans les banques assistées, abrogation de la loi TEPA, maintien de la TVA à 19,6% dans la restauration: trois actes de courage politique à côté desquels vous êtes passé, trois actes qui certes ne solutionnaient pas tout mais auraient en tout cas arrangé les comptes publics de quelques dizaines de milliards par an.


Sans oublier que pendant ce temps-là, l'industrie s'écroule par la faute d'une Europe devenue libérale et impuissante, incapable de s'imposer. Une politique industrielle nationale, gonflée de patriotisme économique et laborieusement portée par des serviteurs zélés n'y suffira pas, et vous le savez.


Cela s'appelle entre autres le sens de l'état, le sens de l'intérêt commun, et non le sens de son clan. Ce n'est pas ce bon Philippe Séguin, qui a quitté la scène prématurément cette semaine, qui vous l'aurait reproché, loin de là.


32% de satisfaction dans les sondages, le verdict est sans appel.

Une première victoire des contribuables de Saône-et-Loire

François Fillon et le Gouvernement sévèrement censurés au Conseil d'État à la demande du Conseil général de Saône-et-Loire. Une première victoire des contribuables de Saône-et-Loire.

 

C'est une première victoire juridique et politique contre le Gouvernement que vient de remporter le Conseil général de Saône-et-Loire. Le Premier Ministre qui avait refusé à Arnaud Montebourg Président du Conseil général de Saône-et-Loire de compenser les charges créées au détriment des contribuables de la Saône-et-Loire par la loi du 5 mars 2007 relative à la protection de l'enfance vient d'être sévèrement censuré et rappelé à l'ordre par le Conseil d'Etat.

Dans sa décision du 30 décembre 2009, le Conseil d'État annule la décision par laquelle le Premier Ministre refusait de prendre le décret organisant la compensation des charges au profit des Conseils Généraux de France et notamment à celui du Conseil général de Saône-et-Loire qui l'avait réclamé.

 

Il enjoint le Premier Ministre de prendre le décret de compensation dans un délai de 4 mois sous astreinte de 500 euros par jour; il constate le préjudice subi par le Conseil général à raison de l'augmentation de la charge liée à la création des postes nouveaux nécessités par la loi pour une partie de l'année 2009. Il lui octroie 100 000 euros de dommages et intérêts pour l'année 2009 et accorde 3000 euros en remboursement de ses frais de procédures. Les autres procédures complémentaires à celle-ci sont en cours afin d'obtenir un complément de dommages et intérêts.

 

C'est une première victoire des collectivités locales maltraitées par le Gouvernement et piétinées dans le respect des principes de la décentralisation, le Gouvernement doit s'attendre à ce que tous les Départements de France suivent le mouvement initié et obtiennent les dizaines de millions qui manquent dans les comptes publics des collectivités locales et dont le Gouvernement voudrait infliger le financement aux contribuables locaux.