Pas ça, Jack

En 1981, j’approchais de la fin de mes études et Jack Lang était une figure parmi d’autres dans le paysage médiatico-theâtral, en compagnie de Jérôme Savary, de Marcel Maréchal ou de Jacques Weber.

Puis vinrent l’élection de François Mitterrand et la nomination de Jack Lang au ministère de la Culture. S’en suivront :

  • En aout 1981, la loi Lang instituant le prix unique du livre et sauvant ainsi pour des décennies tant les librairies de quartier que les grands diffuseurs tels la FNAC ou Cultura
  • En juin 1982, la fête de la musique qui, n’en déplaise aux snobs et au pisse-vinaigre, a permis chaque 21 juin à tous les musiciens amateurs de se produire dans la rue sans que les gendarmes ou policiers viennent les en empêcher. Je les ai toutes faites, des Champs-Élysées en 1982 à la passerelle des arts depuis pus de dix ans, à l’endroit même où Aya Nakamura et la Garde Républicaine ont interprété For me Formidable lors de l’ouverture des jeux olympiques. Et à chaque fois, en en remerciant Jack d’un mot ou d’un tweet.
  • En septembre 1984, les journées du patrimoines, imitées depuis partout en Europe et même dans le monde entier
  • Puis les grands travaux parisiens (Louvre, Arche de la Défense, Musée d’Orsay, Bibliothèque…) ainsi que le soutien à tour les pans de la culture : art contemporain, cinéma, danse, cirque… par l’entreprise de fonds dédiées, de centres nationaux ou de festivals subventionnés.

Jamais ministre de la culture n’aura fait autant. Et certainement pas celle du moment, dévorée par son ambition et minée par une mise en examen pour corruption.

Et plus tard en tant que ministre de l’Éducation, il sut calmer les choses à la suite de l’action malsaine d’un ministre depuis renvoyé aux oubliettes du complotisme.

J’ai eu la chance de croiser Jack Lang de temps à autres, à La Rochelle ou à Boulogne-Billancourt et ai toujours eu face à moi un homme affable, courtois, avec qui on a plaisir à discuter et qui sait exprimer de la considération envers le moindre militant de base.

Alors bien sûr durant tout ce temps on a souri de son nomadisme électoral : Député du Loir-et-Cher, Maire de Blois, candidat à la mairie de Paris puis aux élections législatives dans le Pas-de Calais ou bien encore dans les Vosges, candidat aux primaires internes pour la présidence de la république. Mais bon, de la part d’un artiste au sein d’un PS déjà déclinant, on pardonnait, eu égard à son action ministérielle passée. On a souri du fait qu’il s’accroche, à 80 ans passés, à la direction de l’Institut du Monde Arabe, où personne n’a contesté la qualité de son action même si le volet économique laissait à désire…

Puis Epstein, ce coup de tonnerre financer, ce coup de boule fiscal.

Oh non, pas ça Jack. Pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait… (*)

(*) d’après le regretté Thierry Gilardi lors de la finale de la coupe du monde de 2006

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