Chronique de la rupture #72

Décembre 2010 : « Tournez, ma neige »

 

Ce dernier mois de l'année débute par? 3 jours de silence médiatico-sarkozyste. « Taj Mahal quelque part ? » , lui demande Carla inquiète. « Non, non, je prépare ma visite d'état en Inde ».  Ce que le Président réalisera quelques jours plus tard, c'est que Bollywood et la plus grande démocratie du monde s'apprêtent en fait à recevoir la Première Dame de France accompagnée de son époux : réceptions, escapade touristique, contrats mirifiques. A propos de ces contrats industriels signés lors de ces visites présidentielles, souvenons-nous seulement de ne pas mélanger intention et signatures réelles. Qu'en est-il par exemple de l'achat réel des avions Rafale par le Brésil, alors que leur prétendue acquisition avait fait beaucoup de bruit il y a quelques années maintenant ?


Rafales effectivement, mais de gaffes et de bourdes dès qu'arrivent les premières neiges en ce 8 décembre. Rappelons que le 8 décembre est aussi le jour de la fête des Lumières à Lyon. C'est donc tout naturellement que ce sentant directement concerné par cette célébration, le Ministre de l'Intérieur annonce en milieu d'après midi devant des journalistes qu' «il n'y avait pas de pagaille». Jamais avare d'un bon mot, il se croit même obligé d'ajouter que  «Généralement, vous savez ce qu'il y a avec ?pagaille', c'est ‘pagaille indescriptible’. Vous voyez, précisément, là on décrit la réalité de la situation et ça démontre qu'il n'y a pas de pagaille». A la même heure, des milliers d'automobilistes sont déjà bloqués sur les routes, certains passeront la nuit dans un gymnase ou dans un centre commercial.


Le lendemain, M. le Ministre en rajoute une couche en déclarant que des complications sont apparues «sur les routes lorsqu'elles sont inclinées».  A la M. Le Ministre devrait pourtant savoir qu'à la différence du front de certains, aucun route n'est plate, tout cycliste et tout ingénieur en génie civil le sait bien.

Quant au Premier Ministre, en voyage à l'étranger, il se contente de surenchérir en incriminant les prévisions de Météo France et en les accusant non sans un certain cynisme d'avoir sous estimé la situation. Il sera obligé de reconnaitre la semaine suivante qu'il n'en était rien et qu'il n'a « pas été bon en matière de communication sur la neige ». Pour une fois, je suis d'accord avec lui.


Sur le fond, qu'en est-il des moyens réels d'intervention des DDE depuis les réformes Raffarin de décentralisation ? Réductions de moyens ? Changement dans les procédures ? Moindre coordination ? C'est cela qu'on appelle « la modernisation de l'état » ?


Notons enfin que ce mois-ci, Brice Hortefeux a été condamné pour la deuxième fois en six mois, pour atteinte à la présomption d'innocence d'un ancien conseiller, accusé d'avoir livré des informations au Monde sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Dans une démocratie équilibrée, une démission s'en suivrait immédiatement.


En visite inaugurale de nouvelles installations hospitalières à Avignon, le Président insiste sur la situation budgétaire des établissements de Santé « je ne peux pas rester avec les deux tiers des hôpitaux en déficit, ce n’est pas sain », foulant ainsi aux pieds l'une des premières lignes du serment d'Hippocrate « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. ». Depuis quand un hôpital doit-il être bénéficiaire ? N'y a-t-il pas d'autre référentiel que celui de la profitabilité pour caractériser la nécessaire bonne gestion d'un établissement public ? Se pose-t-on la question de la rentabilité de l'Elysée par exemple ?


Toujours exemplaires, jamais en retard d'une bonne vieille magouille, une faction de députés de droite tente d'imposer à l'assemblée un amendement exonérant de toute poursuite pénale les parlementaires qui seraient convaincus de mensonge dans leur déclaration de patrimoine. Flop retentissant pour les nouveaux Présidents de l'UMP et du groupe parlementaire.


Puis arrivent les fêtes avec en bruit de fond, bien installées dans le paysage, un certain nombre d'affaires qui ont marqué cette année 2010 :

  • Le parquet de Compiègne ouvre une information judiciaire contre X au sujet de la vente de l’hippodrome de la ville, affaire dans laquelle Eric Woerth est soupçonné de favoritisme.
  • Du côté de Neuilly, entre soi, douze années d'inertie depuis les premières alertes relatives au Médiator, médicament antidiabétique dont la prescription abusive en coupe-faim a coûté la vie de centaines de malades.
  • Wikileaks nous apprend qu'Omar Bongo aurait soutenu financièrement plusieurs hommes politiques français de tout bord, dont Chirac en 2002 et Sarkozy en 2007.

Ainsi s'achève cette dure année 2010, durant laquelle il est apparu plus que jamais que le modèle idéologique dont se prévalait le candidat Sarkozy en 2007 était vermoulu, que la collusion entre le pouvoir et les puissances de l'argent étaient patente, que l'écart entre les discours et les actes était permanent.


Les v?ux télévisés sirupeux et démagogiques de ce 31 décembre ne trompent plus que ceux qui ont encore intérêt y croire, et qui persistent à voir dans le démantèlement des services publics, et dans quelque perspective de remboursement d'impôt, de suppression de l'ISF ou de maintien d'une niche fiscale  la preuve d'un Président qui réforme et modernise le pays. Grand bien leur fasse.


A tous les autres, souhaitons que2011 apporte réconfort, espoir, bonheur, et tout ce dont nous avons besoin pour tenir jusqu'en mai 2012.


Bonne année !

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